Emmanuel Moine analyse pour US Créteil 1936 les ambitions du club pour la saison prochaine

Emmanuel Moine, grand connaisseur du National qu'il commente pour FFF TV, analyse pour USC1936 les récents propos des figures du club qui montrent une surprenante ambition pour la saison prochaine.

Quel regard portez-vous sur la saison de l' US Créteil ?

Emmanuel Moine : Il y a 2 regards à porter sur l’US Créteil dans cette saison en N2.

Il y a ce qui s’est passé sur le terrain, et même si on était en droit d’attendre qu’un club de ce standing fasse l’ascenseur immédiatement, la N2 est une division très difficile, où on ne réussit pas avec les meilleurs joueurs mais le meilleur plan de jeu. Les équipes en face sont moins joueuses et laissent moins d’espace. C’est toujours difficile « pour un gros » de s’y retrouver. On l’a déjà vu précédemment pour Grenoble, Le Mans ou Strasbourg. De ce point de vue là Créteil a été très pragmatique et a montré un ensemble très solide et très efficace.

Dans une poule en plus assez compliqué, où il y a de bonnes réserves pros, où on y trouve des clubs avec des ambitions, des moyens et un historique (Sedan, Lusitanos, Epinal, Fleury), avoir la meilleure attaque tous groupes confondus et la 2ème meilleure défense, n’est pas anodin.

L’autre regard sur cette saison concerne la structure du club. Perdre son statut professionnel n’est jamais facile, surtout que Créteil était lors de sa dernière en National, un club un peu lymphatique qui n’attirait pas grand monde ou pour les mauvaises raisons. Rui Pataca l’a dit : aujourd’hui le nouveau projet a su rendre l’US Créteil de nouveau attrayante. On a l’impression qu’une nouvelle dynamique est née, que la structure s’est aussi assainie.

Quelle importance peut-on accorder à ce titre de champion de National 2 selon vous ?

E.M. Par rapport à ce que je disais un peu plus haut, cela valide complètement les contours de ce nouveau projet. Cela valide les décisions prises, les choix de Secretario. Plus symboliquement cela remet aussi Créteil sur le devant de la scène. La crainte avec la perte du statut pro et la descente en N2 c’était de végéter, de devenir un club banal, de sombrer.
L’US Créteil a envoyé un message clair avec ce titre mais attention… Cela ne fait pas tout en vue de la saison prochaine ! Oui, il y a quelques contre-exemples, mais l’an dernier Drancy malgré son titre de champion a découvert un tout nouvel univers cette saison et s’est cassé les dents. On est à même de penser que la situation de l’US Créteil est incomparable et suggère plus d’optimisme.

Il semble que le club visera une deuxième montée successive la saison prochaine qu'en pensez-vous ?

E.M. On est allé tourner un reportage il y a une dizaine de jours à Duvauchelle, pour évoquer ce titre et les ambitions à venir du club. Clairement les cadres expérimentés comme Jason Buaillon et Greg Gendrey nous ont confirmé leur souhait de rapidement faire la bascule. Ce sont les mots de Secretario également et je ne pense pas que ça ne soit que de la communication. C’est aussi une manière de respecter l’institution cristolienne, comprendre que jouer à Créteil c’est ambitionner le retour dans l’ère professionnelle. Cela est rassurant car en effet on ne peut pas se contenter de jouer à l’US Créteil pour végéter dans un football semi-professionnel. Cela montre aussi que le nouveau projet a été bien « digéré » par l’ensemble des acteurs au club. Que tout le monde tire dans le même sens. Ca n’a pas toujours été le cas.

Beaucoup d’exemples par le passé (CA Bastia, Grenoble, Rodez….) nous ont montré aussi que repartir sur des bases saines permettaient d’envisager plusieurs montés successives.
Il faudra pour cela surfer sur la confiance de ce groupe, trouver un juste équilibre entre le renforcer et garder l’ossature. Surtout, il faudra profiter de ce titre de champion pour prendre de gros points d’entrée de jeu la saison prochaine quand les autres écuries de National devront créer des automatismes du fait des nombreux arrivées / départs.

la saison dernière le club avait choisi de taire ses objectifs. cette année on les connaît dès le début. que pensez-vous de ce changement dans la communication ?

E.M. C’est légitime. Il faut se remémorer ce qu’a été la fin de saison dernière. Une descente aux enfers catastrophique. Tu perds ton statut pro, tu perds tous tes joueurs, l’affront du public, un président malmené. Tu dois alors repartir de zéro. Tu détruis la maison, tu gardes les murs et tu reconstruis autour. Il est toujours difficile d’annoncer quoique ce soit d’autant que tu es attendu au tournant par tout le monde. Il fallait assainir et repartir surtout avec de l’humilité. C’est aussi ça l’épreuve du N2, championnat que ne connaissait plus l’US Créteil.

La saison prochaine, l’US Créteil repart dans un environnement qu’elle connaît, où elle a excellé et même marqué l’Histoire (2012-2013). Ca ne veut pas dire que ça sera facile ou acquis mais qu’un club comme Créteil qui est repartis du bon pied et peut s’appuyer sur une base solide et afficher ses ambitions, c’est rassurant pour les joueurs et les supporters qui composent ce club. L’ambition ça peut permettre d’attirer de nouveaux noms.

Rui Pataca semble vouloir s'inspirer de Rodez qui avait réussi cet exploit. Peut-on comparer les deux clubs selon vous ?

E.M. C’est le meilleur exemple à suivre pour Créteil bien que les deux situations soient différentes, les environnements surtout quasiment incomparables.

Rodez avait fait le pari après sa descente aux enfers de repartir sur un projet plus solide, de se structurer en attendant que le sportif suive. Au RAF, on a préféré, par exemple, recruter des commerciaux, un vrai staff, etc… plutôt que d’aller chercher des joueurs à gros salaires alors qu’ils auraient pu se le permettre. Leur retour dans l’élite n’est donc pas un hasard et surtout ils y sont prêts. Il y a peu de risques (à part sur la question du stade) qu’ils fassent l’ascenseur aussi rapidement.

Sur le terrain aussi, ils ont misé sur la bonne approche tactique. L’année dernière leur a montré qu’il fallait un groupe très homogène et doubler les postes pour pouvoir tenir la durée. Leurs 2 saisons en N1 sont vraiment un exemple à suivre sur comme en dehors du terrain.

Selon nos informations, le club va devoir faire avec des moyens financiers limités cette saison. Est-ce compatible avec des ambitions de montée en L2 selon vous ?

E.M. La saison dernière a bien montré qu’en National et au foot plus largement ce n’est pas toujours le plus riche qui gagne à la fin. Les équipes récompensées sont celles qui proposent le meilleur projet sur la pelouse et en dehors. Avec 2,2 millions d’Euros de Budget, Chamby était clairement dans la moyenne des budgets de National. Finir 2ème avec le 10ème budget du championnat, ils l’ont montré c’est possible. Rodez avait encore moins d’argent et a su battre tous les records. A l’inverse, les exemples de l’US Créteil et de Tours cette saison montrent qu’avoir beaucoup d’argent ne suffit pas. Parfois quand tu en as moins ça t’oblige à mieux réfléchir. C’est ce que risque d’être obligé de faire Laval également. C’est pas forcément en faisant venir que des mecs de L1/L2 que tu valides une remontée.

Quel regard portez-vous sur l'évolution de ce championnat de National ces dernières années ? Le niveau est-il globalement plus relevé que la saison oú l'USC a survolé le championnat en 2013 ?

E.M. C’est une question difficile à répondre. On a eu cette saison des projets de jeu très intéressants ! Le Mans a régalé sur la 1ère moitié de saison, cela faisait longtemps qu’une équipe de N1 n’avait pas proposé autant de jeu, ou est arrivé en assumant cette volonté de produire un beau contenu au delà du résultat ou de mêler les deux. Rodez, a montré aussi un projet de jeu archi intéressant et plaisant. Il reste encore des équipes joueuses en National mais elles ne sont pas toujours récompensées.

Il y a encore beaucoup d’excellents joueurs, on en découvre de nouveaux chaque année, mais on découvre peut-être moins de surprises comme ce fut le cas l’année du titre de l'US Créteil (2012/2013) avec Ngolo Kante, Cheikh Ndoye, Emiliano Sala, Diafra Sakho et j’en passe.

Le championnat semble tout de même de plus en plus dur, années après années et les résultats en barrages L2/N1 semblent montrer que l’écart entre un haut de tableau N1 et un bas de tableau L2 n’est plus si grand que cela.

Pouvez-vous donner des idées de joueurs qui pourraient renforcer l'effectif ?

E.M Il y a de bonnes pioches à faire parmi les joueurs qui se sont révélés cette saison. Si on retire ceux qui montent avec leurs clubs ou qui ont déjà signé ailleurs : Aziz Dahchour de Drancy, Quentin Boisgard de Pau, Talal et Salamone de L’Entente, Douline de Rodez, Lobry, Distel Zola de Tours, Benhaim de Marignane, Garita de Dunkerque, Maah de Boulogne… et j’en oublie plein ! Ce ne sont que des bonnes affaires !

Sans oublier que parfois, le meilleur mercato c’est aussi de garder tes meilleurs joueurs