US Créteil 1936 vous fait revivre la plus belle épopée cristolienne en Coupe de France, lors de la saison 96/97. En prime, les souvenirs de Hubert Castets, défenseur central emblématique des Béliers à cette époque, et de Nicolas Massée, habitué de longue date à Duvauchelle avec les Suprêmes Béliers. 

Début de saison

En cette nouvelle saison qui démarre, Alain Afflelou vient d'arriver à la présidence de l'US Créteil, et avec lui 15 million de francs ainsi que l'objectif affiché de rejoindre la Division 1 dans les 5 ans. Les titulaires de la saison passée sont priés de faire la place aux stars recrutées telles que Claude Barrabé (venu de Caen, plus de 200 matchs de D1), Didier Sénac (Toulouse, 504 matchs de D1), Stéphane Blondeau (Red Star), Samuel Lobé (Laval) ou encore Franco Vignola (Marseille). Jean-Luc Vasseur, Jean-Michel Bridier ou encore Samy Traoré doivent alors se battre pour avoir une place dans l'équipe. Afflelou et Cathala ne se cachent pas, ils veulent remonter en Division 2 à l'issu de la saison, et "les Milliardaires", comme les appellent les supporters adverses, sont attendus dans tous les coins de France. Jean Godfrain, supporter des Béliers depuis les années 60, se souvient : "Depuis le début de saison, les adversaires prennent Créteil pour l'équipe des milliardaires. Ils sont attendus au tournant.". 

Cette année là, le National était composé de deux poules de 18 équipes, et les Béliers devaient terminer 1er de la leur pour monter. Dans le même temps, les 9 derniers descendaient en CFA, puisque l'année suivante la division fusionnait en une poule unique. 

Hubert Castets : "Cette intersaison a été compliquée à gérer, notament pour Robert Buigues. Pour nous les joueurs, qui étions un groupe établi d'une vingtaine d'éléments, on a vu arriver une quinzaine de joueurs en plus, donc la situation de pas mal d'entre nous s'est compliquée. Notamment la mienne aussi, car je partais pour être titulaire... Finalement, j'ai réussi à intégrer l'équipe. Mais pour la plupart des joueurs de la saison passée, ça a été difficile à vivre".

Les premiers tours

En championnat, les premiers résultats sont mauvais, et les Béliers s'enlisent dans le ventre mou du classement. 10 points en 9 journées, c'est beaucoup trop insuffisant pour Afflelou, et c'est l'entraîneur Robert Buigues qui en paye les frais.

"La mayonnaise n'a pas pris tout de suite, raconte Didier Sénac. Pas de cohésion, ni d'automatismes." Sylvester Takac signe, mais s'enfuit 2 jours plus tard, officiellement pour raisons personnelles. C'est finalement Pierre Garcia, l'adjoint de Buigues, qui prend les rênes. En Coupe, les Béliers ont déjà sorti Le Mée (DH), 2 buts à 0. 

Quelque jours après, Garcia et ses hommes affrontent un autre petit club, Fleury, alors en Promotion de District et s'imposent 4 buts à 0.

Le 2 décembre 1996, ils éliminent les Lorrains de Toul 3 buts à 0, avant de remporter le derby en championnat (2-1 ) à Duvauchelle, contre Noisy-le-Sec, pour le dernier match de l'année. 

Hubert Castets : "Takac a fait deux jours ! Ca a été un drôle de phénomène [rires]. On nous avait annoncé son arrivée, il a fait 3 entraînements et le lendemain, on nous dit qu'il ne restait pas. Ca a aussi été une des péripéties de ce début de saison. A la trêve, les choses commencaient à aller dans le bon sens, et on avait un groupe de qualité. On se disait qu'on pouvait atteindre les objectifs. Même si ce championnat était déjà compliqué à l'époque ; il fallait batailler tous les week-ends. Mais on pensait qu'on y arriverait". 

32èmes de Finale - Louhans Cuiseaux (D2)

Après une trève hivernale de quasiment 1 mois, les Béliers continuent de remonter au classement en s'imposant à l'île Rousse (2-1) avant de retrouver Louhans-Cuiseaux en Coupe. Un tirage loin d'être idéal pour les Jaune et Bleu, mais au moins, ils jouent à Duvauchelle. 

Devant 585 spectateurs, les Béliers réalisent leur premier exploit de la Coupe et avec la manière : 5-0 grâce à un doublé de Blondeau, un doublé de Lobé et un but sur pénalty de Lollia. Alors 3ème avec 6 points et 1 match de retard sur Istres, le leader, les hommes de Pierre Garcia s'offrent le scalp du 16è de D2 ( qui comportait alors 22 équipes). 

Créteil : Barrabé - Blondeau, Vasseur (Haon 69è), Bridier, Sénac, Séguy - Castets, Calabuig, Lollia - Lobé, Vignolia (Sie-Essoh 69è).

16èmes de Finale - Vitrolles (National)

Sur leur bonne lancée, les Béliers continuent leur bon parcours en championnat et enchaînent deux victoires consécutives à Mont-de-Marsant (2-3) et face à Rodez (3-0). Les Béliers sont toujours 3èmes, mais n'ont plus que 4 points de retard sur le leader, désormais Nîmes, et toujours un match de retard.

Arrive alors le seizième de finale face à Vitrolles. Un match de tous les dangers face à une équipe qui les avait battu 2-1 à Duvauchelle quelques mois plus tôt en championnat. Libération parlera de ce match comme le "duel des petits".

Pierre Garcia aligne son équipe-type, mais Franco Vignola se blesse au bout du premier quart d'heure, remplacé par Sie-Essoh (qui ne finira pas le match lui non plus). Le score est nul et vierge au bout de 90 minutes. La prolongation ne sera pas plus prolifique et ce seront les tirs au buts qui départageront les deux clubs de National. Au bout d'une séance de tirs au buts aussi serrée que le match, les Béliers s'imposent 5 à 4 et filent en huitièmes. 

Hubert Castets : "Ce match a été très compliqué. C'était chaud ! Malgré tout, on se qualifie dans la difficulté aux pénaltys et on passe par la petite porte. Mais l'essentiel était là : la qualification".

Créteil : Barrabé - Blondeau, Vasseur, Castets, Sénac, Séguy - Karchaoui, Calabuig, Lollia - Lobé, Vignolia (Sie-Essoh 15è, Netala 54è).

Huitièmes de Finale - Strasbourg (D1)

Après cette qualification dans la douleur, les Béliers retombent dans leur travers en championnat en s'inclinant consécutivement à Trélissac (2-1) et face à Istres (0-2). Ils ne sont plus que 5èmes, à 8 points de Nîmes. "Après cette bonne série, on était un peu dans les nuages, explique Claude Barrabé. On va repartir comme avant, gagner match après match". 

A l'approche du match de l'année face à l'ogre strasbourgeois, 6èmes de D1, les Béliers s'expriment : "On va essayer de les faire douter le plus longtemps possible", lance Claude Barrabé. "Le terrain devrait nous avantager, il est en moins bon état", ajoute Samir Amirèche. "On joue mieux contre des équipes qui jouent bien", pronostique Laurent Cathala. Ca tombe bien, les Alsaciens se battent avec Auxerre et Bordeaux pour une qualification en Coupe de l'UEFA, avec dans leurs rang David Zitelli et Pascal Nouma qui termineront la saison respectivement avec 19 et 14 buts. 

Survoltés, les Béliers entament la partie sur les chapeaux de roues. La première offensive strasbourgeoise ne vint qu'à la 17e minute par un centre de Nouma intercepté par Claude Barrabé. Juste avant la pause, les Cristoliens sèment la panique dans la défense alsacienne et, dans les arrêts de jeu, Vasseur tire sur le poteau gauche de Vencel et l'opportuniste Kharchaoui reprend la balle et place son tir. 1-0 !

Au retour des vestiaires, Strasbourg se lance à son tour à l'assaut du but adverse par Zitelli (63e) et Nouma (65e), mais ils échouent à chaque fois sur un Barrabé des grands soirs. A la 75e minute, Vignola, dos au but dans la surface de réparation, se retourne et frappe violemment la balle que Vencel ne peut que remettre en corner. Dans les dernières minutes, Strasbourg jette ses dernières forces. Sur un corner de Zitelli, Barrabé boxe la balle (88e). Sur l'action suivante, l'attaquant alsacien croise trop son tir (89e). 

Le coup de sifflet final raisonne alors dans le stade Bauer, qui est ce soir-là témoin d'une des plus belles victoires de l'histoire de l'US Créteil. L'envahissement de la pelouse en dit long.

Hubert Castets : "On avait vraiment fait un gros match. Il y avait une très belle équipe, mais on était vraiment préparés. En plus, on avait tout le public derrière nous. Ce match est vraiment un des plus beaux souvenirs de ma carrière . Une très belle qualification ! On avait des joueurs qui avaient du vécu à l'échelon supérieur, qui avaient de l'expérience et de la qualité. Donc dès que cela commencait à bien marcher, tous ces joueurs-là mettaient en valeur leurs qualités. A l'époque, on avait une équipe qui ressemblait plus à une équipe de Ligue 2 qu'à une équipe de National."

Nicolas, supporter mêmbre des Suprêmes Béliers : "Duvauchelle n'avait pas encore sa Tribune Honneur actuelle et n'était même pas homologué pour un 1/8e de Coupe de France... A l'époque, j'étais très proche d'Arnaud Seguy qui est de la même année que moi. Il jouait peu, voire n'était même pas sur la feuille de match. Pour ce match, il y eu des blessés en défense et il s'est trouvé titulaire. Il avait été bon et il pleurait de joie après le match. Un très gros souvenir... sans oublier le fameux retour en métro... "

Créteil : Barrabé - Séguy, Castets, Haon, Vasseur, Sénac - Blondeau, Karchaoui, Calabuig - Vignola, Lobé

Strasbourg : Vencel - Okpara, Rott, Ismaël, Rashke - Keller (Bernhard 60è), Dacourt, Collet (Petit 70è), Baticle - Zitelli Nouma

Quarts de Finale - Guingamp (D1)

Alors qu'ils n'avaient plus le droit à l'erreur en championnat, les Béliers n'arrivent malheureusement pas à enchaîner les victoires. Victoire à Grenoble (1-2), puis nul à Auvervilliers (0-0), victoire face au Gazelec (5-2) mais nul à Vitrolles (1-1). Malgré leur invincibilité, l'accession est désormais très compromise. Ils sont 3è à 9 points de Nîmes, et n'ont plus ce fameux match de retard à jouer.

Cette fois, c'est au Parc des Princes que les Béliers attendent leurs adversaires. L'En Avant est européen cette année-là après avoir remporté la Coupe Intertoto, avant d'être éliminé face à l'Inter Milan. Ce n'est pas un mince adversaire pour les Béliers...

Mais le match avait déjà commencé bien avant le coup de sifflet de l'arbitre. Les deux entraîneurs l'avaient bien lancé dans les médias. Répondant à Pierre Garcia, Francis Smerecki ironise dans Le Télégramme : "Je vais essayer de joindre Garcia au téléphone cet après-midi. Puisqu'il déclare qu'on a gagné d'avance, ce n'est pas la peine qu'on se présente au Parc des Princes. Mais s'il souhaite qu'on y aille quand même, on ira et on essaiera de se qualifier". Avant de reprendre, plus sérieux : "Jacky Duguépéroux m'a longuement parlé de Créteil. Il n'a pas pris cette équipe par-dessus la jambe et pourtant Strasbourg a été battu (1 à 0). Les Cristoliens ont marqué et, ensuite, ils ont su s'accrocher sans jamais faiblir physiquement. En fait, l'entraîneur alsacien a confirmé ce que m'a dit Yvon Schmitt après avoir observé Créteil il y a quinze jours : c'est une équipe d'un niveau supérieur au National 1, une équipe comparable à celle que nous formions il y a trois ans avec plusieurs joueurs ayant évolué à des niveaux supérieurs".

Des images valant plus que des mots, vous pouvez revivre le quart de finale Créteil - Guingamp avec la vidéo ci-dessous.

L'aventure s'arrêtera là pour les Béliers, qui craquent en fin de prolongations. L'entrée d'un petit jeune de 20 ans, nommé Jean-Michel Lesage, à la 111è minute n'y changera rien. Les Bretons iront jusqu'en finale, où ils s'inclineront face à l'OGC Nice.

Hubert Castets : "Ce match aussi est un grand moment, mais ça reste une frustration parce que je pense qu'on avait largement la place pour se qualifier. On avait eu les occasions par Lobé de pouvoir marquer, et si il marque là, cela change tout. Mais notre gardien se blesse à 20 minutes de la fin et sur le deuxième but il ne peut pas faire l'effort. Ce quart de finale reste une grosse frustration dans ma carrière."

Nicolas, supporter mêmbre des Suprêmes Béliers : "Jeune instituteur, j'avais emmené ma classe voir ce match. La mairie nous avait mis à disposition un car pour organiser cette sortie au parc... qui sonnait un peu creux (à peine 10 000 spectateurs). Mais ce qui domine surtout c'est l'immense déception... car on est passé à rien d'une qualification HISTORIQUE en demies. Lobé et Haon ont eu 2 balles de but pour faire 2-1 avant la prolongation... "

 Les Béliers termineront la saison 4èmes à 7 points de Nîmes et devront attendre deux ans avant de de retrouver le professionalisme, mais ce titre de 1999 est une autre histoire que nous vous conterons prochainement.