Nicolas Hourcade, sociologue et expert nationalement reconnu du supporterisme, analyse pour US Créteil 1936, le conflit avec le club et plus globalement l'utilisation des fumigènes en France, en marge de la situation actuelle entre l'USC et ses ultras. 

US Créteil 1936 : Bonjour Nicolas. Connaissez-vous le contexte du mouvement à Créteil, et les antécédents entre le club et ses ultras ?

Nicolas Hourcade : "Je sais qu'il y a un conflit récurrent avec le club sur la question des fumigènes et que les groupes de supporters ne sont pas fans de la particule "Lusitanos". Ils préféreraient que ça soit "Créteil" tout court ; que le club représente Créteil dans son ensemble et pas seulement une partie de la ville. J'ai aussi suivi les événements de ces dernières semaines.

79534723 744509235959418 5579059141936152576 n

USC1936 : Une nouvelle fois, le club a laissé ses ultras à la porte suite à un craquage de fumigènes (qui reste exceptionnel à Créteil). Pour ce faire, il a interdit le matériel des groupes, dont les bâches. Est-ce une première en France qu'un club, sans y être contraint par quelque instance que ce soit, cherche à interdire des groupes de supporters spécifiques de son propre stade ?

N.H. : "Depuis l’apparition du mouvement ultra au milieu des années 1980, il y a eu de nombreux conflits entre des groupes de supporters et leur club. Le cas le plus connu est celui du PSG, qui a mis en place en 2010 le plan Leproux pour assainir ses tribunes suite à des problèmes de violence et de racisme – ce qui est bien différent des problèmes de fumigènes. Ce plan, coordonné avec les pouvoirs publics, a conduit à la dissolution de nombreux groupes de supporters et à l’éviction du Parc de tout groupe organisé. C'est un plan dont on peut discuter des modalités pratiques, mais dont on comprend la logique étant donnée la gravité de la situation parisienne. 
Le problème de Créteil est un problème très général qu'on retrouve dans tous les clubs. C'est la question des fumigènes, celle qui pourrit la vie des clubs et des supporters depuis des années ; car ils sont interdits d'un côté, et revendiqués par les supporters de l'autre. Mais ce qui est inédit, c'est qu'un club s'oppose complètement à ses supporters là-
dessus alors qu'à côté, il n'a quasiment pas de public. 

D'autres clubs aimeraient faire du tri parmi les supporters et parmi certains groupes qui posent problème. Mais qu'une crise liée à l'allumage de quelques fumigènes, qui plus est relativement rare selon moi, débouche sur une situation aussi bloquée, cela reste assez étonnant !"

Rien dans la loi ne permet de dissoudre les groupes pour des fumigènes.

USC1936 : Ces clubs qui ont réussi à faire le tri parmi leurs supporters et leurs groupes, comment ont-ils fait légalement pour y arriver ? 

N.H. : "Il faut d'abord rappeler que les seuls clubs français à avoir ouvertement écarté des groupes de supporters (je ne parle pas ici de bandes de hooligans) sont le PSG et l'Olympique de Marseille, récemment avec les Yankees. Mais on parlait alors de problèmes financiers et de suspicion d'escroquerie à Marseille et de violence ou de racisme dans le cas de Paris. Dans ce dernier cas, ce sont les pouvoirs publics qui ont dissous les groupes parce qu'ils étaient considérés comme dangereux. Rien dans la loi française à l'heure actuelle ne permet de dissoudre les Urban Devils ou le Kop Banlieue parce qu'ils ont allumé des fumigènes. Il y aurait eu de graves incidents avec des blessés graves ou un mort, oui ! Mais la loi ne permet pas d'écarter un groupe du stade à cause des fumigènes

Le cas du PSG est intéressant, car quand ce club ne voulait plus de ses ultras au stade et que certains ultras contestataires voulaient quand même continuer à supporter l'équipe, le PSG a en permanence flirté avec la ligne jaune. Les dirigeants parisiens tenaient des fichiers de supporters que la CNIL a considérés comme illégaux. Et ils se sont appuyés sur la Division Nationale de Lutte contre le Hooliganisme et sur la Préfecture de Police : celle-ci a délivré de nombreuses interdictions administratives de stade suite à des manifestations de contestation des supporters parisiens. Plusieurs de ces interdictions ont ensuite été cassées. C'est en partie sous la pression du PSG que la loi a évolué en 2016, et que les clubs ont aujourd'hui la possibilité d'interdire eux-mêmes de stade des gens qui contreviendraient au règlement intérieur pour des motifs de sécurité. Et ça, l'US Créteil peut le faire. Elle peut dire que tel supporter est interdit car il a allumé des fumigènes et que c'est dangereux. D'autres clubs l'ont fait : Lyon, Paris, etc... Mais ce n'est pas la même chose que d'interdire de stade un groupe entier. 

Finalement, cette situation peut être retrouvée dans d'autres clubs dont les dirigeants ont été opposés aux groupes ultras. Certains présidents ont pu interdire des banderoles de groupes parce qu'elles étaient jugées comme trop provocantes. C'est pour ça que le Commando Ultra est devenu les Ultras Marseille à la fin des années 1980 : les dirigeants du club leur avaient demandé de changer de nom et d'emblème. A la même époque à Bordeaux, le président Claude Bez interdisait les banderoles des Ultramarines parce qu'il les accusait d'être des hooligans... Mais là, on n'était pas sur une base légale, il s'agissait d'un rapport de force entre un club et ses supporters, ce qui me semble être le cas en ce moment à Créteil. 

80246828 519378525322475 7822126453884977152 3

USC1936 : On sait que le PSG avait aussi voulu, en écartant ses ultras, écarter la contestation. Toute proportion gardée, peut-on dire que c'est ce qu'il se passe actuellement à Créteil ? 

N.H. : "La particularité de la Loi Larrivé de 2016, c'est qu'elle a été demandée par le PSG à l'époque où il ne voulait plus d'ultras dans le stade, et qu'elle est passée au moment où le PSG a changé de politique et voulait à nouveau des ultras ! Elle a effectivement été en partie conçue pour permettre au PSG d'écarter les supporters qui lui déplaisaient. Mais par rapport au projet initial, les parlementaires ont restreint les modalités d'application de la loi aux problèmes de sécurité. Au final, le PSG l'a appliquée sur des faits de violence ou d'allumages de fumigènes. 

Donc, je n'analyse pas le problème cristolien comme une volonté d’étouffer la contestation. Pour moi, la principale grille de lecture c'est le problème des fumigènes. Les ultras en ont toujours utilisé, bien que ça soit interdit dans la loi en France depuis 1993. Et aujourd'hui, les engins pyrotechniques sont devenus un emblème de la culture ultra. Beaucoup d'ultras ont le sentiment que le monde du foot a la volonté de les écarter. Dès lors, ils utilisent des fumigènes pour animer les stades mais aussi comme moyen revendicatif. C'est devenu quelque chose d'important pour eux, et c'est quasiment impensable pour un groupe ultra de ne pas allumer de fumigène le jour de son anniversaire. 

D'un autre côté, comme les fumigènes sont interdits, non seulement les pouvoirs publics peuvent prononcer des interdictions de stade, mais les instances sportives comme la FFF ou la LFP peuvent aussi mettre des sanctions disciplinaires. Comme ces instances ne peuvent pas sanctionner les supporters, elles sanctionnent les clubs.
On se retrouve ainsi avec des clubs qui sont pris entre le marteau et l'enclume : leurs supporters veulent allumer des fumigènes, plus ou moins régulièrement selon les clubs, et de l'autre côté, si leurs supporters le font, les clubs reçoivent des sanctions de la Commission de discipline. Du coup, il y a des tensions un peu partout en France sur cette question, bien au-delà de Créteil. C'est un problème général. 

Il faut vraiment que l'US Créteil renoue avec le dialogue.

USC 1936 : Vous nous l'avez dit, il est difficilement possible d'interdire un groupe. Concernant le cas actuel à Créteil, comment les supporters peuvent alors se défendre et faire respecter leurs droits ? 

N.H. : "A Créteil, la stratégie actuelle des ultras est de boycotter le stade. Ils ont la possibilité d'y venir, mais sans leur matériel d'animation, ce qu'ils considèrent comme inacceptable. Je pense que l'enjeu c'est d'arriver à avoir un dialogue constructif entre le club et ses supporters. 

Tous les clubs ne gèrent pas le problème des fumigènes de la même manière. Certains clubs s'arrangent avec leurs supporters pour fermer les yeux sur quelques allumages dans l'année, et ils leur demandent en échange de ne pas en allumer le reste du temps. D'autres clubs payent les amendes, et préfèrent le faire pour garder de bonnes relations avec leurs supporters. Et il y en a d'autres qui veulent vraiment éradiquer les fumigènes autant que possible, et Créteil se trouve dans ce cas-là.
C'est un cercle vicieux, parce que le club et les groupes de supporters se retrouvent dans une situation de conflit dans laquelle il n'y a aucun vainqueur. Les supporters ne peuvent pas supporter leur équipe comme ils le souhaitent, et le club y perd aussi. A Créteil, quand il n'y a pas le Kop Banlieue ou les Urban Devils, il n'y a pas un public énorme. Ce sont eux qui animent le stade. Et ils n'allument pas des fumigènes à tous les matchs. Il faudrait vraiment que ce club arrive à renouer le dialogue avec ses associations de supporters, à trouver un cadre, par exemple, avec un ou deux allumages par an, et s'arranger comme ça.

Mais au-delà de ces arrangements qui sont forcément informels, il y a une réflexion en cours actuellement au niveau national sur l'usage des fumigènes. Toute le monde est conscient aujourd'hui que ce problème pourrit la vie des clubs de Ligue 1, de Ligue 2 et de certains clubs de National où il y a des ultras. C'est aussi le cas du Red Star, qui a déjà vu sa tribune fermée par la commission de discipline de la fédération. La meilleure solution serait qu'au niveau national, on trouve une solution pour permettre des allumages dans certaines circonstances afin de sortir de cette impasse. L’Instance Nationale du Supportérisme, un organe de dialogue entre tous les acteurs concernés par les sujets liés aux supporters et animé par le ministère des sports, travaille actuellement à un appel à projets pour organiser des allumages autorisés et contrôlés. Un tel allumage autorisé a eu lieu ce samedi à Angers pour les 100 ans du club.

Le problème est ridicule à Créteil, mais au-delà de Créteil la situation est ridicule parce qu'on reste dans une situation de conflit depuis des années. Il est urgent d'en sortir."

La situation n'est pas cohérente.

USC1936 : Cette situation a été largement relayée ces derniers jours dans la presse. Pensez-vous que cela joue en faveur des groupes et de l'émancipation de leurs droits?

N.H.: "Avant tout, cette médiatisation révèle que de plus en plus de monde est conscient qu'il y a un problème avec les fumigènes. On ne peut pas se contenter d'avoir des autorités qui disent d'un côté que "c'est dangereux, il faut les interdire", et de l'autre les supporters qui disent "c'est notre culture". Il y a un certain nombre de journalistes qui ont un point de vue critique par rapport à l'application un peu stricte de la loi et des règlements sportifs, et qui traitent un sujet qui leur paraît un peu absurde. Si la presse, notamment parisienne, s'est emparée du sujet, c'est qu'elle trouve qu'il y a matière à réflexion et que la situation n'est pas cohérente. En résumé, cela révèle qu'on est dans une situation absurde.

Concernant Créteil, il faut espérer que cette médiatisation oblige le club et les associations de supporters à avoir un vrai dialogue constructif. Là, la situation paraît ubuesque d'un point de vue extérieur. Et ni le club, ni les associations de supporters n'en ressortent grandis. Vu de l'extérieur, on se dit que c'est incroyable : il n'y a déjà pas beaucoup de supporters à Créteil, alors qu'il y aurait moyen d'attirer du public à Duvauchelle. Et si même dans ce contexte-là les gens n'arrivent pas à se parler, et que le club est prêt à se couper d'une bonne partie de son public, c'est triste. En gros, c'est un problème classique poussé à son extrême absurdité.

79993344 2721804824599291 5129574781296836608 n

USC1936 : En quoi le statut amateur du club change-t-il la situation par rapport à un gros club de l'élite ?

N.H.: "A ce niveauc'est la Commission de discipline de la FFF qui gère les problèmes de fumigènes, et pas celle de la LFP. Et le monde professionnel est beaucoup plus habitué à l'usage des fumigènes. Cela veut dire qu'il y a des sanctions plus récurrentes, mais cela veut dire aussi que tous les clubs professionnels sont à peu près dans la même situation.
Alors qu'en National, il y a très peu de clubs qui ont des groupes de supporters actifs. Hormis Toulon, le Red Star, le Gazelec ou Créteil, il n'y a pas de fumigènes dans la plupart des stades de National.
Et la commission de discipline de la FFF, vu qu'elle n'a pas beaucoup de cas à traiter, peut être plus abrupte, surtout pour des clubs qui n'ont pas des budgets faramineux."

Le monde du foot a compris qu'il doit faire avec les ultras.

USC1936 : Entre les clubs qui sanctionnent les fumigènes et les préfectures qui interdisent les déplacements, les groupes ultras peuvent-ils craindre pour leur avenir ? 

N.H : "La disparition annoncée des ultras, c'était la grande théorie de nombreux groupes avant l'Euro 2016. On est en 2019, et il y a encore des ultras. Il faut donc relativiser les choses. 

Mais il est certain que des dirigeants du football français ont été tentés, entre 2010 et 2016 notamment, de chasser les ultras des stades. C'est ce qui a été fait à Paris avec l'idée d'attirer un nouveau public. Sauf qu'aujourd'hui, la situation a évolué. L'échec partiel du PSG a ouvert les yeux à ceux qui voulaient évincer les ultras. Le club a réussi sur le volet de la violence et du racisme, mais en même temps, le PSG avait perdu toute ambiance dans son stade en chassant les groupes de supporters. Alors, ils ont demandé à ce que les ultras reviennent au stade pour retrouver l'ambiance tout en maintenant un haut niveau de sécurité. 

Actuellement, la situation des ultras dans les stades, c'est qu'ils sont devenus indispensables. Ils sont le 12ème homme, et si on les enlève en France, il n'y a plus beaucoup d'ambiance. Or, le monde du football est persuadé qu'il a besoin d'ambiance dans les stades. Non seulement pour pousser l'équipe vers la victoire, mais aussi pour montrer que le spectacle mérite d'être vendu cher aux TV et aux sponsors. Le PSG vendait toutes ses places entre 2011, moment de l'arrivée du Qatar, et 2016, où le président a fait revenir les ultras. Mais tous les abonnés ne venaient pas à tous les matchs et les tribunes étaient en partie vides, ce qui ne faisait pas sérieux. Quand on met en avant qu'on est un club qui suscite de la passion, le fait de ne pas avoir d'ambiance ne colle pas.
Aujourd'hui, le monde du foot a compris qu'il doit faire avec les ultras, mais il ne sait pas encore trop comment. Certains aspects des ultras plaisent aux clubs, comme le fait qu'ils mettent de l'ambiance, qu'ils animent le stade. Ainsi, ils attirent en eux-mêmes du public. Mais en même temps, il y a des choses chez les ultras qui déplaisent aux clubs comme l'allumage de fumigènes, ou qu'ils aient un point de vue critique sur le football ou le club. Cela agace certains dirigeants de clubs. Il y a parfois aussi des incidents ou de la violence liés aux ultras.
Finalement, le monde du foot est partagé. Il voudrait les côtés positifs des ultras sans les côtés qui le dérangent. L'enjeu de la période actuelle, c'est de voir comment on peut intégrer positivement les supporters en leur donnant des moyens d'expression et d'animation des tribunes, tout en fixant une ligne jaune afin d'éviter les comportements inacceptables. Tant les autorités que les groupes de supporters doivent faire des efforts en ce sens.

Entre 2010 et 2016, la France a mené une politique uniquement répressive de "tolérance zéro". L'optique a changé ces dernières années. La loi de 2016 a donné la possibilité aux clubs d'interdire de stade certains supporters pour des raisons de sécurité, mais elle a aussi créé le référent supporters, l'Instance Nationale du Supporterisme, et a permis d'ouvrir des espaces de dialogue. Il y a aussi eu des changements à la tête de la Ligue et de la DNLH, ce qui fait que les autorités sont aujourd'hui plus ouvertes au dialogue. Il y a aujourd'hui de plus en plus d'échanges avec l'Association Nationale des Supporters, et ceux-ci gagnent des choses, sur les tribunes debout, le tarif unique en secteur visiteurs, etc. En même temps, les préfets restent habitués à interdire ou à restreindre les déplacements. Mais récemment, une circulaire du Ministère de l'Intérieur leur a rappelé que les mesures d'interdiction de déplacement devaient être exceptionnelles. C'est une avancée importante, mais il faut voir dans quelle mesure elle va être suivie d'effet. 
Nous sommes donc dans une période charnière : est-ce que la France va basculer dans une période d’apaisement et de dialogue et réussir à mettre en place une politique articulant de manière cohérente répression et prévention (sic) ? Ou va-t-elle continuer la politique uniquement répressive du début des années 2010 ?"

Sans les supporters, encore moins de monde au stade et plus aucune ambiance.

USC1936 : Voulez-vous ajouter quelque chose sur le sujet pour conclure?

N.H. : "De mon point de vue, dans le cas de Créteil, il faudrait que le club comprenne qu'il n'a rien à gagner dans ce rapport de force. S'il écarte ses supporters, il va se retrouver avec encore moins de monde au stade et plus aucune ambiance. En terme d'image, le club ne sortirait pas gagnant.
Globalement, la médiatisation du conflit ne prend pas partie, elle montre simplement le point de vue des uns et des autres. Mais elle montre bien qu'on est dans une situation extrême, pour un problème finalement limité. Si Créteil était confronté à une violence récurrente de ses supporters, ou à des allumages de fumigènes à tous les matchs, on pourrait comprendre que le club en ait marre. Mais c'est le premier allumage de fumigènes depuis des mois [NDLR : depuis décembre 2018 face à Feignies].
C'est aussi lié à un dialogue entre le club et ses ultras qui n'est pas très bon depuis des années. Le club peut avoir le sentiment de ne pas avoir été prévenu, d'avoir été pris en traître, etc... Le gros problème à Créteil, c'est qu'il n'y a aucune confiance entre la direction et les supporters. Par conséquent, le dialogue n'est pas fructueux.
On devrait être dans une logique gagnant/gagnant plutôt que d'être perdant/perdant comme c'est le cas actuellement. Il faudrait trouver un
modus operandi pour que le club se retrouve avec un public vibrant et sans trop de débordements pyrotechniques. Le problème avec les fumigènes, c'est qu'on en fait une question de principe, tant du côté ultra que du côté club. Et cela mène à une impasse."

79006018 468285980539425 6159561415515439104 n