Sept ans au club. 177 matchs au compteur. Dire que Yann Kerboriou (29 ans) a tout connu à Créteil relève de l'euphémisme. A la veille d'attaquer un sprint final crucial pour le maintien de l'USC en National, et accessoirement pour l'avenir du club, le gardien nous parle de son amour inconditionnel du club, de la situation actuelle de ce dernier, de ses supporters et de la réalité du championnat de National.

 

US Créteil 1936 : On attaque le sprint final du championnat ce weekend. 9 rencontres pour se maintenir, quel est votre état d'esprit ? 

Yann Kerboriou : Je suis un compétiteur ! On va faire notre maximum pour assurer le maintien au plus vite et ensuite voir ce qu'on peut espérer, mais la priorité est de rester en National. Je veux qu'on gagne un maximum de match pour sortir de cette zone inconfortable.

USC1936 : Quand vous parlez d'espoir, pensez-vous qu'avec une bonne série Créteil peut revenir en haut du classement ?
Y.K. : Si on est un minimum honnête avec les supporters, dire qu'on peut encore jouer la montée, ce serait mentir. Quand tu es compétiteur, tu ne peux pas te satisfaire d'une 13è, ou d'une 14èplace. Ça ne passera logiquement que par de nombreuses victoires. Mais on veut tous finir le plus haut possible malgré la saison compliquée que l'on traverse.

USC1936 : Est-ce que vous ciblez en particulier les matches contre les moins bien classés ?
Y.K. : Dans notre situation, on ne peut pas se permettre de choisir nos matchs ! On ne peut pas manquer de respect au championnat et aux autres équipes. Je vais dire quelque chose de bateau, mais on doit prendre les matchs les uns après les autres. Il n'y a qu'en pensant à la victoire qu'on obtiendra le maintien le plus rapidement.

USC1936 : Le groupe est dans le même état d'esprit que vous ?
Y.K. : J'ose espérer que le groupe est dans le même état d'esprit que moi, sinon ce serait dramatique. On a un bon groupe, ils doivent largement partager mes pensées.

USC1936 : Comment, selon vous, un club à peine relégué, certes avec beaucoup de nouveaux joueurs, puisse à ce point connaître une nouvelle saison galère ? 

Y.K. : Le problème est là : lorsque tu as 18 arrivées dans un club à l'intersaison, il est quasiment impossible de jouer la montée tout de suite. Tu sais que tu débutes une saison de "transition" comme on dit, mais tu ne t'attends pas non plus à vivre une saison comme celle qu'on traverse actuellement. Donc on ne peut pas dire que le groupe soit marqué par la descente, on doit être cinq ou six toujours présents dans le club à l'avoir connu de l'intérieur. Tout ça s'explique par le temps d’adaptation des nouveaux arrivants, il faut le temps que tout cela prenne. Si en plus tu rajoutes le changement d'entraîneur en cours de saison... Tous ces paramètres font que c'est une saison ratée, en désaccord total avec les objectifs donnés et par le club et par le groupe.

En sept ans au club, j'ai connu sept entraîneurs

USC1936 : À propos des changements d’entraîneurs récurrents, est-ce l'un des faits qui expliquent principalement cette dégringolade d'année en année ?
Y.K. : C'est sûr que ça n'aide pas ! Si tu veux remonter en Ligue 2, il faut une stabilité dans l'effectif et au poste d'entraîneur. En plus, tous les six mois, chaque nouveau coach arrive avec ses méthodes, ses convictions, leurs propres envies de football. Ça diffère vraiment d'un entraîneur à l'autre. Je pense que parfois ça manque un peu de hauteur par rapport à tous ces événements. Ça arrive de traverser des mauvaises périodes, de passer au travers, ce n'est pas pour autant qu'il faut systématiquement tout remettre en question. Il faut savoir faire front de temps en temps. Comme je le disais, ça n'aide pas.
En sept ans au club, j'ai connu sept entraîneurs, tout en sachant que Jean-Luc Vasseur est resté trois ans en poste ! Ça résume assez bien la situation.

USC1936 : Revenons à vous. Pendant l'été, il y avait des rumeurs de départ vous concernant. Qu'est-ce qui vous a poussé à rester à Créteil ?
Y.K. : J'ai eu des propositions, j'aurais pu partir. L'USC est un club qui m'est cher. Ils m'ont fait confiance alors que je jouais en CFA2. Je ne pouvais pas partir et laisser le club dans cet état. Je suis quelqu'un qui possède un réel amour pour ce club. De nombreuses personnes sont devenues des amis ici. Je ne pouvais pas quitter le navire pendant qu'il sombre. C'était tout à fait normal pour moi de rester malgré les belles propositions qu'on m'a faites.

USC1936 : Vous en êtes à 177 matches sous le maillot cristolien, pensez-vous au record de Boris Mahon de Monaghan (234 matches disputés) ?
Y.K. : En sept ans ce n'est pas tant que ça si on fait le ratio ! Je ne regarde pas vraiment ce record. D'ailleurs je suis heureux que ce soit Boris qui le détienne, c'est quelqu'un que j'apprécie réellement !

 

La seule chose qui compte c'est que l'équipe sauve le club

 

USC1936 : Pour le battre il faut disputer des matchs, mais malheureusement cette saison depuis Epinal tu es sur le banc, acceptes-tu cette situation facilement ?
Y.K. : A titre personnel, la seule chose que je souhaite c'est jouer ! Être acteur de ce qui se déroule sur le terrain. Je suis frustré par cette situation. Même si je l'ai déjà connue à Créteil, ça ne me plaît pas. Mais ça n'a aucune importance, la seule chose qui compte c'est que l'équipe sauve le club. Il n'y a que ça qui compte et après advienne que pourra...

USC1936 : Pour en revenir à la saison dans sa globalité, les Béliers ont pris autant de points à l'extérieur qu'à domicile cette saison. Il y a un problème à Duvauchelle ?
Y.K. : Jouer à domicile, ça doit être une force ! Surtout avec nos supporters qui sont derrières nous de la première à la dernière minute, même quand ça va mal. Tout simplement, lorsque l'on est à l'extérieur on n'a pas à faire le jeu. Et nous sommes une équipe de contre-attaquants ayant beaucoup de difficultés à tenir le ballon. C'est la principale raison selon moi.
Je suis objectif. Tu ne peux pas mentir aux gens dans la situation où l'on se trouve. Les gens payent leurs places pour venir nous voir jouer, tu dois être honnête. Je suis incapable de leur dire : « venez nous voir, on fait du beau jeu ». On ne sait pas le faire. A chaque fois qu'on a eu des matchs où l'on devait être détenteur du ballon, créer des actions, on n'a pas été bons ! Et souvent on n'a perdu 2-0 ou 3-0. Ce n'est pas notre style de jeu malheureusement, on n'a pas les joueurs pour, ni les qualités. On ne peut pas dire « on va jouer comme le Barça et gagner 4-0 », c'est impossible.
Toutes les équipes qui vont venir à Duvauchelle et refuser le jeu, elles vont obtenir des résultats. Contre Chambly par exemple, on gagne 3-0 car ils ouvrent le jeu. On n'a que des victoires étriquées. En dehors du résultat, il faut savoir apprécier la performance, l'analyser.

Vouloir jouer, en National, n'est pas compatible avec le championnat

USC1936 : Si on analyse les résultats, on voit que depuis janvier, ils vont de paires – deux résultats positifs, trois négatifs, deux positifs, un négatif. Y-a-t'il un problème mental qui vous empêche de marcher dans la durée ?
Y.K. : La question est obligé de se poser. Quand tu n'arrives pas à enchaîner les résultats, il y a forcément un problème mental. Mais plus simplement, ça se résume par les équipes que tu affrontes et le calendrier. Les deux victoires étaient contre Épinal et Pau,des équipes moins fortes sur le papier ; sans méchanceté aucune. Et derrière tu perds à Lyon-Duchère, l'une des équipes fortes de cette saison. Cette année, contre les gros, on n'a jamais fait de gros matchs. On n'arrive pas à gagner et à être décisif.
Le championnat de National, plus tu vas vouloir jouer, créer du jeu, avoir la possession de balle, moins tu auras de chance de monter. Si tu regardes les dernières montées, ce ne sont jamais les équipes qui ouvrent le jeu qui ont connu l'accession. C'est un championnat rugueux. Il se joue sur la "gagne", les tripes, avec des gros collectifs. Comme nous il y a quatre ans. On n'était pas la meilleure équipe de ballon, mais on était une équipe de conquérants. On avait commencé le championnat avec cinq victoires en cinq matches, c'était l'idéal aussi... Vouloir jouer, en National, n'est pas compatible avec le championnat en lui-même. Lors de sa première année, Vasseur a essayé de le faire, il a vu que ça ne donnait rien. La saison suivante, on a joué un peu plus bas en exploitant les failles adverses, un style qui correspond plus à la réalité des choses de cette compétition.
A part Strasbourg, qui avait un gros effectif et pouvait se permettre de jouer, les derniers promus ne mettaient pas le beau jeu en avant. Le CA Bastia et Amiens par exemple sont montés en L2 grâce à l'impact et au collectif. C'est un championnat de duels. Si l'on ne s'adapte pas à cela, on n'a pas beaucoup de chances !

Le bruit qui vient du kop impressionne les nouveaux joueurs

USC1936 : Vous avez évoqué les supporters tout à l'heure, Ils vous ont toujours soutenu du fait de votre fidélité au club, vous avez un petit mot pour eux ?
Y.K. : Je voudrais leur dire « Merci ! ». Ils sont là dans les bons et les mauvais moments. J'en connais plus d'un qui aurait lâché l'affaire après la descente. Franchement je les trouve courageux. Aller à Epinal ou à Concarneau un vendredi soir ou même à Béziers c'est pas évident d'être toujours présent, je leur tire mon chapeau.
Ils ont mon respect, c'est des bonhommes et surtout de vrais supporters ! Les nouveaux joueurs sont étonnés de voir des ultras partout où l'on va. Ils ont connu des suiveurs dans leurs précédents clubs à l'extérieur, mais pas des supporters comme ceux de Créteil, partout présents. Et puis malgré le nombre modeste de personnes présentes en tribune, c'est le bruit qui vient du kop qui les impressionne et ils apprécient vraiment ça !

USC1936 : Est-ce que tu suis USCréteil1936 ?
Y.K. : J'aime beaucoup regarder les analyses d'après-match. Ça permet de prendre un peu de recul et d'avoir un autre point de vue que celui du terrain. Le contenu du site est vraiment intéressant. Ce qui me gène plus, ce sont les réactions aux articles sur la page Facebook. Quand on est supporter, c'est compliqué d'avoir de la distance sur les choses. Certains ne se rendent pas compte de la portée de leurs propos. J'ai quelques noms de personnes en tête qui par leurs propos ont pu blesser ma famille. C'est gratuit, sans fond et juste méchant en fait ! Il y a des choses qui font mal, mais qui sont percutants et constructifs. J'ai presque trente ans, je passe outre désormais, je suis plus sur la fin que sur le début, mais ces gens doivent savoir que ça peut toucher les gens et pas forcément ceux visés.
Mais dans tous les cas, il faut de l’interaction entre les gens, c'est important. C'est quelque chose qui se perd de plus en plus.